Rites sociaux

Pour se constituer et se conserver, une société a besoin de rites sociaux. Ces rites sont, pour l’ensemble de la communauté, des points de repère qui permettent à chacun de bien connaître la place qu’il occupe dans la communauté. Ce sont aussi des moyens de cohésion du groupe.
Une société qui perd ses rites est une société en voie de disparition. De là découlent deux possibilités :
    ou bien certains rites qui semblent ou deviennent désuets sont remplacés par d’autres (par exemple serrer la main pour dire bonjour au lieu de lever légèrement le chapeau ou la casquette) et la société évolue avec des rites simplement différents,
    ou bien des rites disparaissent purement et simplement (aider un ancien ou une personne génée dans sa marche à traverser la rue) et la société perd une part de solidarité interpersonnelle au profit de l’individualisme.
Les évolutions de la population rurale font vivre cette rupture. L’exode rural amène d’abord un vieillissement puis une disparition progressive du tissu humain ancien. Ensuite, l’installation de familles d’origine urbaine en recherche de « rapprochement avec la nature », « éloignement de la vie trépidante des villes », « reprise d’une maison héritée d’aïeux » amène un désintérêt pour des rites de socialisation communautaire inconnus ou méprisés et pour tout ce qui est considéré comme « des vieilles choses » (parler local, objet anciens, outillages des métiers disparus, rites sociaux, …). Et c’est la société rurale qui disparaît ! Le village est moins rural et devient dortoir de la vie urbaine.

Cette page est destinée à informer sur les rites sociaux anciens, particulièrement ceux qui ont disparu ou qui ont été remplacés par d’autres. La liste n’en est pas exhaustive et se complètera avec le temps et les recherches que poursuivent les Ramounis et les folkloristes pour simplement les faire connaître. Elle n’a pas non plus la prétention de leur donner un classement de valeur.

NOTE IMPORTANTE :   Les rites décrits dans les lignes qui suivent n’étaient pas tous pratiqués partout, certains ont des origines controversées. L’essentiel est d’en garder trace pour que le maximum de gens aient la possibilité de savoir qu’un jour ils ont existé !

LANGAGE :
Au 19ème siècle, les Ardennais de la campagne parlent un « patois » : le Parler Ardennais de la langue champenoise (voir Micro Dico de Parler Ardennais).
Ce parler peut être différent d’un endroit à l’autre et ne facilite pas trop les échanges mais on ne sort pas souvent de son village, seulement pour aller au bourg ou à un gros marché ou à une foire.

Voici la description qu’en fait Emile Goffart :
(1) Point de distinction de genre, tous les déterminatifs ont la désinence féminine « ma bas pour mon bas »
(2) Bizarreries dans la conjugaison des verbes  » il avo pour il avait ; il éto là pour il était là »
(3) L’auxiliaire avoir n’est point employé « il é fini son devoir pour il a fini son devoir »
(4) Les articulations sont peu accentuées et les consonnes finales élidées plus souvent « mouchoi pour mouchoir » « vinr pour venir »
(5) L’adjonction de l’i est fréquente devant une voyelle « ieau pour eau » « ichelle pour échelle ».

Voici encore un exemple donné par E. Goffart vers 1890 :
C’est une histoire de contrebandiers.
Version en parler ardennais
« Vinrais-tu en Belgique annui ?
Traduction en français
Viendras-tu en Belgique aujourd’hui ?
Version en parler ardennais
L’aut’ fois j’ai té racolé pa’ les gab’lous ;
c’éto l’père Charles et l’Jonval qui étin d’service,
y m’en pris ma cafè et ma pétrole, y m’in yu l’poil mais c’éto bon pou’ iune fois.
Traduction en français
C’te nuit, la douane é tué trois chins chargis d’tabac.
La veille j’avo rencontré iune femme de Vrin qui m’no sa chien aux baraques.
Y f’so un temps abominab’, l’iau coulo su sa bonnet et sa mantiau ;
sa parapluie avo té cassé pa’ l’vent. »
Traduction en français
L’autre jour, j’ai été pris par les douaniers ;
c’étaient Messieurs Charles et Jonval qui étaient de service,
ils m’ont confisqué mon café et mon pétrole, ils ont été plus rusés que moi, mais c’est bon pour cette fois.
Cette nuit, les douaniers ont tué trois chiens chargés de tabac.
La veille, j’avais rencontré une femme de Vrignes-Aux-Bois qui emmenait son chien aux « baraques ».
Il faisait un temps abominable, l’eau coulait sur son bonnet et son manteau ;
son parapluie avait été cassé par le vent.
Vrin, c’est Vrigne-Aux-Bois, autrefois orthographiée Vrignes-Aux-Bois (avec s)
Avec Jules Ferry et ses instituteurs (les « Hussards Noirs de la République »), l’Ecole va essayer de faire changer les choses : faire en sorte que le français devienne la langue commune à tout le territoire. Fort bien ! Mais cela s’est fait au détriment des langues régionales et des parlers locaux.
Rares sont ceux qui pratiquent encore le Parler Ardennais et peuvent donc le transmettre. Peu nombreux sont ceux qui le comprennent encore un peu. La grande majorité des ardennais n’en a plus idée que par « La Beuquette », rubrique du quotidien local, « L’Ardennais » (C’éto l’parlèye ed’ G’ponsart = c’est le parler de Gespunsart.) écrite par Yanny Hureaux, alias « Le Beuqueu ».

Note du « webmaître » :
Comme les parlers locaux étaient uniquement ORAUX, ils n’avaient pas d’orthographe et donc, chacun de ceux qui veulent en garder trace par l’écrit a sa manière de le transcrire … moi compris !

« SAUDAGE » qui pourrait signifier « soudage »,
Cet article est rédigé en nous appuyant sur la monographie de Sophie COCU et Nathalie GOFFIN citée en référence dans la page de remerciements.
« SAUDER » c’est annoncer un mariage, « souder » un couple. Cette pratique s’effectuait le plus souvent le jour de Carnaval, de Mardi-Gras.
A Bosséval, le saudage avait lieu le jour de la Saint Jean d’été avant d’aller au grand feu.
L’activité de saudage était menée par la Jeunesse. Le chef de Jeunesse a préparé une liste de saudage. Il a accouplé une fille et un garçon pour la fin de la journée et pour le bal.
Si les deux se plaisent, la foule est contente mais le trésorier regarde sa caisse avec une grimace.
Si le garçon veut être saudé avec une autre fille, alors il doit payer une amende à la Jeunesse et le trésorier est content. Bien entendu, on « joue des farces » et des commentaires ironiques accompagnent les couples mal arrangés. Mais c’est le jeu car la recette va servir à payer les danses au musicien (il est payé au morceau joué).
Bien entendu, on saude les jeunes mais aussi les « vieux gars » et les « vieilles filles ». ce qui crée des situations amusantes.
Alors chaque fille emmène « son » garçon « chez elle » (chez ses parents) pour le souper (repas du soir). Comme c’est fête, il y aura de la salade au lard avec « moult » « canadas » (beaucoup de pommes de terre) et de beaux « quertons » (de belles tranches de lard), du gâteau mollet et de la « galett’ à suc’  » (la galette au sucre).             
Ce soir, on allumera le feu de Saint Jean et on dansera : polka, scottich, valses, aredje, branles, … et certains mariages se feront bientôt …
Cette pratique a disparu dans les années 1940.

FETES A BOSSEVAL
LUNDI DE PENTECOTE :
Après la Fête chrétienne du Jour de Pentecôte avec Messe le matin et Vêpres l’après-midi, voici la fête villageoise.
Elle est marquée par
    une aubade de la Jeunesse au Maire,
    la messe,
    souvent le premier bal pour l’apéritif,
    le repas familial avec la « galett’ à suc’  » et/ou le gâteau mollet. Pas de manèges ou de métiers forains mais
    le bal de l’après-midi et
    le bal du soir. Entre temps, on se retrouve dans les « auberges » pour y jouer aux quilles et boire -modérément.
La Fête va se poursuivre en cours de semaine avec des bals le soir -mais pas trop tard car le lendemain matin, il faut aller aux champs, aux bois ou à la « boutique ».
Les bals de la semaine de la fête :
* mardi soir, bal des cocus
* mercredi soir, bal des « vieux »
* dimanche, huitième jour de la fête, bal du « renou ».
Cette tradition a été reprise par une association de Bosséval (Bosséval Animation). Le lundi de Pentecôte, la fête foraine se double d’une grande brocante avec spectacles. Les « Ramounis » tiennent à participer à cette fête car elle est une survivance de ce qu’ils veulent faire connaître.

FEUX DE LA SAINT JEAN
Le jour du solstice d’été, une fête du « Grand Feu » est organisée pour le village. Souvent, chacun apporte qui, sa bûche, qui, son fagot. Et on monte un grand feu sur la place ou dans un champ, ou devant l’église.
Dans beaucoup d’endroits, on va en cortège jusqu’à l’emplacement. Aux dernières lueurs du jour finissant, on allume le feu. On chante, on danse, on rit, on boit.
A Bosséval, la Jeunesse se retrouve avec tous les « saudés ».  
Les garçons sautent au-dessus du brasier pour « impressionner les filles ».
Toute la jeunesse danse.
Quand la braise commence à noircir, chacun rentre chez soi. La nuit sera très courte …

SAINT CHARLES
C’est la fête patronale. C’est plutôt une fête en lien avec la religion puisque le 4 novembre, on fête Saint Charles, patron de l’église de Bosséval.
Le dimanche le plus proche du 4 novembre, on organise une messe solennelle et les Vêpres. Le repas familial est amélioré. En particulier on y voit apparaître les pâtisseries réservées aux jours de fête : la galette au sucre et le gâteau mollet.

DANSE
La danse est, en principe, réservée à la jeunesse. Dans chaque village existe une Jeunesse, association des jeunes du village pour l’organisation des fêtes. Elle est dirigée par un « Chef de Jeunesse ». Il a un trésorier chargé de collecter les fonds et de payer le ou les musicien(s) loué(s) pour animer les bals. On le paie(s) à la danse. La collecte du trésorier est variable avec les villages. En principe, ne peuvent danser que ceux qui ont acheté leur danse. Les bandes rivales qui ne paient pas créent des incidents, des bagarres.
Les musiques utilisées au 19ème siècle se transmettent par « tradition orale ». Bien sûr, les nouveautés font leur apparition et deviennent des « standards ». Les musiciens de bal ne disparaîtront des fêtes qu’avec l’apparition et la mode des ‘disco-mobiles ».
Au 19ème siècle, le but du bal n’était pas de faire le maximum de bruit mais bien de favoriser l’amusement, la détente et la rencontre de jeunes gens et jeunes filles qui n’avaient que ça pour se distraire de longues semaines de travail aux champs, aux bois ou à la « boutique ». Les journées et les semaines étaient longues et quand on rentrait, il fallait encore s’occuper du jardin, de la maison, du bois à scier et à fendre, …

Danse et religion
L’Eglise Catholique avait une forte conviction contre la danse. Les prêtres ne la toléraient que pour la fête patronale et les noces. Ils tonnaient fréquemment en chaire contre les « mécréants » qui dansaient souvent. De la même manière, ils intervenaient individuellement au confessionnal et plus particulièrement auprès des jeunes filles. Pourtant, leurs réticences ne portaient pas beaucoup car, avec l’industrialisation, les mentalités avaient changé et la fréquentation n’était pas régulière.

VEILLEE
Dans chaque partie du village avait lieu une veillée.
A Bosséval, l’une d’elles rassemblait dans une grande salle les « esprits forts », les « teilleuses, les filandières de cette partie de la Paroisse ».
A la veillée, « on racontait des histoires de revenants et de sorciers, on citait des proverbes, des dictons, des anecdotes, des légendes. Puis on chantait des rondes, des barcarolles, le plus souvent en médisant du prochain. »
« Tous les samedis, pour clore la veillée, on buvait le café. »

PLACE DES « VIUX »
Quand les parents deviennent trop vieux pour travailler encore et subvenir à leurs besoins, ce sont leurs enfants qui prennent le relais. Ils prennent leurs parents dans leur maison ou vont habiter chez eux. On « se serre ». Les anciens participent aux « petits travaux » de la maison : entretien, couture, lessive, tressage, jardin, cuisine, petit bois, entretien du feu, garde des enfants, …
Quand ils deviennent trop vieux, on s’occupe d’eux jusqu’à leur mort.

DECES
Lors des décès, la communauté accompagne la famille endeuillée. Les gestes les plus significatifs sont la mise en bière et le portage du défunt. Les femmes s’entraident pour la toilette du défunt, la famille et le voisinage se relaient pour la veillée funèbre et les hommes des maisons les plus proches porteront la bière pour le départ de la maison, l’entrée et la sortie à l’église, le transport au cimetière et la mise en terre.
Traditionnellement, on « visite le défunt ». On vient à la maison bénir le corps. La maîtresse de maison offre le cafè et la goutte (le « marc », le « péquet »)
Les enfants sont intégrés au deuil.
Les signes du deuil : les femmes doivent s’habiller entièrement en noir pour les obsèques et la période obligatoire de deuil. Alors on teint des vêtements. La veuve et ses filles portent un voile noir qui cache leur visage. Les hommes portent un bandeau noir au bras ou au col de veste.
Pendant la période de deuil, pas de mariage, pas de fêtes publiques, pas de chansons.

MESSE -VEPRES -PRATIQUE RELIGIEUSE
Même si la fréquentation n’était pas régulière, en particulier pour les hommes, la messe du dimanche est bien suivie par les femmes et les jeunes filles. Elle est une obligation absolue pour les enfants catéchisés. Des cartes de pointage régulier sont même instituées en certains endroits ! La sanction ? Trop d’absences = refus de la « Communion » dans l’année !
Les enfants sont catéchisés très tôt (vers 6-7 ans) et la « première communion » (la petite communion, comme disaient les gens) arrivait tôt (vers 8-9 ans). Et, pour pouvoir communier, il fallait être à jeun depuis au moins trois heures !
Dans la douzième année, tous font la « Communion Solennelle ». C’est aussi un passage social, une sorte de rite initiatique puisque lié de plus ou moins loin à la puberté.
Vers onze-douze ans, en général, tous sont confirmés par l’Evêque qui vient dans un bourg à proximité ou, quelquefois au village.
Les Vêpres, cérémonie du dimanche après-midi, sont surtout suivies par les femmes, les jeunes filles et les enfants catéchisés.
Les « passages obligés » étaient : le Baptême (dans les trois jours qui suivaient la naissance), la Première Communion, la Communion Solennelle, la Confirmation, les « Pâques », la Confession au moins une fois par an, le Mariage et l’Enterrement.
On pratique beaucoup les neuvaines et le pèlerinages.
On « signe » pour soigner les brûlures, les entorses, les inflammations des yeux, les coupures.
On ne cuit pas, on ne lave pas, le Vendredi Saint.
On ne se marie pas, on ne fait pas d’obsèques un vendredi !

SUPERSTITIONS
On ne se met pas treize à table.
Pendant un repas, si deux couteaux se croisent ou que l’on renverse la salière, cela signifie que l’un des convives mourra dans les six semaines.
On n’enterre pas quelqu’un le vendredi par crainte d’avoir un nouveau décès dans les six semaines. « On ne doit pas ouvrir la terre sainte un vendredi. »
Pour faciliter la dentition des enfants, on leur accroche une patte de taupe autour du cou !

SAINT NICOLAS
La Saint Nicolas est la grande fête des enfants, le 6 Décembre. Saint Nicolas est aussi fêté dans toute la Lorraine et en Belgique. Pour marquer cette fête, on offre aux enfants quelques friandises : sucre rouge fait maison, pain d’épices, nonettes, orange si on a les moyens mais pas de jouets. Jusque vers 1950, Saint Nicolas a été fêté dans le nord des Ardennes. Mais progressivement Noël a supplanté Saint Nicolas comme fête des enfants.

AUTRES SAINTS LOCAUX
Saint Eloi est le Patron des agriculteurs, des gens de la métallurgie.
Saint Blaise est le Patron des gens du textile
Saint Hubert est le Patron des chasseurs

NOEL
Noël a longtemps été dans notre région la seule fête chrétienne de la Nativité du Christ.
Ce sont les Américains qui nous ont imposé leur fête des enfants à Noël avec toute sa débauche commerciale. Tout a été récupéré !
Au 19ème siècle, Noël est une fête religieuse uniquement. Quelques rites l’accompagnent.
Le 24 au soir, toute la famille se retrouve pour une veillée en attendant la Messe de Minuit. Le « souper » a été pris comme d’habitude. Après neuf heures du soir, on ne mange plus si on veut communier à la messe de la nuit (à minuit !).
Dans la cheminée, on a posé la « bûche de Noël », une vraie bonne bûche que l’on avait décorée de houx, de lierre, de feuilles vertes (signes de vie) pour rappeler le pauvre accueil fait par les hommes à l’enfant qui est né dans le froid d’une étable. La bûche symbolise l’accueil plus « chaleureux » que l’on veut lui faire maintenant.
Cette bûche a été reprise par les pâtissiers pour en faire le dessert de Noël.
On se raconte des histoires, on chante, on travaille au crochet, on taille des petits objets au canif, … jusqu’à la sonnerie des cloches qui appellent à l’église. Alors le village s’anime. Des familles entières, s’éclairant de lumignons, se dirigent vers l’église.
A la sortie de la messe, on fait « réveillon », on prend une collation qui va permettre à chacun de se réchauffer un peu avant de « bassiner » les lits et d’aller se coucher.
bassiner le lit, c’est le réchauffer avec une « bassinoire » remplie de braises.

SEMAINE SAINTE
La Semaine commence le Dimanche des Rameaux. C’est une fête très pratiquée par les familles. On va faire bénir le buis que l’on accrochera aux crucifix de la maison, que l’on ira déposer sur les tombes de la famille et qui servira de goupillon pour bénir le corps d’un défunt quand ce malheur arrive dans la famille.
Le Jeudi Saint est très suivi aussi. C’est le rappel de « La Cène », le dernier repas pris par le Christ avec ses apôtres avant sa condamnation et sa mort. La messe a lieu le soir. A partir de ce moment, les cloches ne vont plus retentir jusqu’à Pâques (on dit aux enfants qu’elles sont « parties à Rome »). On appelle aux offices avec des crécelles.
Le Vendredi Saint a lieu le « Chemin de Croix », commémoration des étapes qui ont conduit, de la condamnation à la mort, Christ sur la Croix au calvaire. Cette cérémonie se passe vers trois heures de l’après-midi.
Le soir, une « Vénération de la Croix » réunit les fidèles dans l’église. Pour l’annoncer, les enfants de choeur passent en tenue dans le village en tournant des crécelles qui remplacent les cloches.
On ne lave, ni ne cuit un Vendredi Saint.
Le Samedi Saint n’est marqué par aucune cérémonie mais, dans la nuit, une « Veillée (ou Vigile) Pascale » célèbre la résurrection du Christ. Elle commence par une célébration de la lumière sous forme d’un feu allumé devant l’église. Au chant du « Gloria in excelsis Deo » (Gloire à Dieu au plus haut des cieux), on fait à nouveau sonner les cloches en signe de résurrection. A la maison, avant et après la veillée à l’église, ça se passe comme à Noël.

PAQUES
Le jour de Pâques, on va à la messe. Il « faut » « faire ses Pâques », c’est à dire communier au moins une fois ce jour-là dans l’année. On offre des oeufs peints ou teintés aux enfants.
Le lundi de Pâques, les enfants de choeur vont distribuer l’eau bénite en chantant des refrains sur Pâques. On leur donne une pièce ou des oeufs. Le soir, ils partagent, souvent au presbytère, une énorme omelette !
On met cette eau, bénite au cours de la Veillée Pascale, dans les petits bénitiers que l’on trouvait au pied de certains crucifix pour « se signer » au moment de la prière.
Elle est aussi utilisée, lors d’un décès, avec le buis du jour des Rameaux, pour faire bénir le corps du défunt par les personnes qui venaient « le visiter ».

MARDI-GRAS – CARNAVAL – FEUX DES BUIRES
« Carnaval. Fête païenne qui traduit le passage de l’hiver au printemps et gage de fertilité à venir. » On construit un personnage bourré de paille que l’on promène en défilé dans le village. « Le bonhomme est vraiment le symbole et rythme le carnaval. »
Le feu des Buires est une survivance du Mardi-Gras ancien. Il était encore marqué à Signy-l’Abbaye.
« Le Feu des Buires constitue un des moments fort du carnaval de Signy l’Abbaye. A la tombée de la nuit, les participants montent sur les hauteurs de Signy l’Abbaye, où un énorme bûcher a été installé. Les fagots et le bois mort ramassés tout au long de la semaine servent à embraser le bonhomme. D’immenses clameurs accompagnent les flammes qui montent dans la nuit froide de cette fin d’hiver. »

MERCREDI DES CENDRES
Carnaval n’avait pas lieu le jour du Mardi-Gras à Bosséval. Emile GOFFART signale « une mascarade du Mercredi des Cendres » (le lendemain du Mardi-Gras). Ce rite est assez inhabituel car le mercredi des Cendres est le premier jour du Carême.

LESSIVE
Chaque village possède et entretient un ou plusieurs lavoir(s). De simple bac non couvert à proximité de l’abreuvoir communal au lavoir couvert que nous connaissons encore dans certaines communes, tous les modèles ont co-existé. Il peut être implanté au bord d’un ruisseau ou d’une rivière ou placé sur un point de captage d’une source.
Le lavoir, de par son utilisation, est un lieu hautement social. On y échange les bonnes et les mauvaises nouvelles, les ragots, les médisances.
On ne va pas laver le vendredi.
C’est le jour où le cantonnier le nettoie.
On bout le linge à la maison puis on va le laver et le rincer au lavoir.
Un lavoir est, en général, constitué de deux bacs. Le bac à rincer est au plus près de l’arrivée de l’eau claire. Le second sert au lavage et au battage du linge. Une hiérarchie existe au lavoir. Elle tient compte de l’âge des laveuses mais aussi de la personne à qui appartient le linge lavé car des femmes font la lessive pour des familles assez aisées pour payer ce service.

ELEVAGE ET « TUERIE » DU COCHON
Dans les villages, chaque famille engraisse un ou deux cochons pour la viande. Pour le nourrir, on cuit, dans les eaux grasses qui ont lavé la vaisselle (on lavait à l’eau bouillante sans détergent) des pommes de terre, des raves, des orties, du son, … On lui jetait aussi tous les déchets de table et les épluchures.
Avant l’hiver, on tue le cochon. C’est tout un cérémonial que l’on accomplit avec l’aide de la famille et des voisins et il faut faire vite pour ne rien perdre ! « Dans le cochon, tout est bon ! » Donc on sale, on cuit, on sèche, on conditionne tout pour que ça puisse se garder.
Dans les villages, le curé et l’instituteur reçoivent une part du cochon, c’est la « charbonnée ».
La viande va servir pendant toute la saison froide à améliorer les plats familiaux. Le saindoux, soigneusement conditionné, entrera dans la préparation des cuissons de pommes de terre, d’oignons et de farine pour lier (« canadas roussias », « cacasse à cul nu », …). Un « querton » de lard gras graissera le gaufrier quand on cuira les « vautes ». Les jambons sèchent dans la cheminée à côté des saucisses. Les morceaux de « petit salé » amélioreront les potées de légumes du jardin.

CAFE
Vous ne passerez pas dans une « vraie » famille ardennaise sans que l’on vous offre « el’cafèye ». Le « coquemard » (la bouilloire) est toujours au coin du feu, rempli, prêt pour préparer une nouvelle cafetière. Au visiteur, on offre le café frais. A la famille restera la « rapapasse », c’est à dire le jus obtenu en repassant de l’eau sur le marc déjà utilisé une fois. Aux veillées, on boit le café « aveu les vautes » (avec les gaufres) ou les gaufrettes.
Le café au lait (de la « rapapasse ») avec des tartines est aussi souvent le constituant principal du souper, le repas du soir et le petit déjeuner des enfants.
On achète le café vert (non grillé), souvent en Belgique, souvent aussi aux contrebandiers et on le grille soi-même dans un grilloir sur le pas de la porte. C’est souvent le travail de l’aïeule qui ne peut plus faire de gros travaux. Une bonne odeur se répand dans le village. « Tins ! La Simone grillo l’cafèye ! » Certaines étaient réputées pour savoir mieux le griller que d’autres. Et le goût de leur café s’en ressentait !

JEUX
Les hommes de Bosséval n’avaient pas une réputation de joueurs. Aux beaux jours ou aux fêtes, on allait à « l’auberge » pour y boire une bière en jouant aux quilles « au moulin de la Faïencerie ».  » La distraction favorite pour les hommes est le jeu de cartes (mouche, bête, piquet) ». « Les auberges sont peu fréquentées ».

FRAUDE – PASSEURS – CONTREBANDIERS

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« Baraque » Barbason de Pussemange

Photo envoyée par la famille Colautti

Les « baraques » étaient des petits commerces belges établis en bordure de frontière où les gens d’ici (les contrebandiers surtout) se ravitaillaient pour acheter moins cher le café, le tabac, le pétrole et bien d’autres choses. Les douaniers (« gabelous ») les surveillaient de près, d’autant plus que certains dressaient des chiens qu’ils faisaient passer de nuit.
Victor DROGUEST fut l’un des plus célèbres contrebandiers de la région.
Son petit-fils, Francis DROGUEST a écrit l’histoire complète de son grand-père :
L’ERMITE DES PERRIERES
Vie de Victor DROGUEST Le Roi des Contrebandiers.
Les Cerises aux Loups, Editeur 2001.
Broché (160 x 240). Couverture illustrée sépia.
200 pages + 10 pages d’illustrations noir et blanc

LES CHIENS DE CONTREBANDE :
Les contrebandiers dressaient des chiens pour « passer » leurs marchandises. Ils les menaient aux « baraques » et revenaient seuls après avoir convenu de la charge à leur confier comme marchandises de contrebande. Les chiens étaient fréquemment tenus affamés car la nourriture était leur récompense. Les marchandises étaient payées d’avance ! A la nuit, le tenancier de la « baraque » chargeait le chien et le lâchait.
« Les chiens étaient relâchés la nuit, en même temps, en des lieux différents d’un jour sur l’autre pour éviter au maximum les balles des douaniers. » raconte Bernard Colautti, un ancien vrignois, arrière petit-fils du côté maternel des tenanciers de la « Baraque Barbason-Renault » située à l’Espérance sur le territoire de Pussemange.

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Contrebandiers (Photo envoyée par Monsieur Bernard Colautti)

Il connaissait la route et savait se méfier de la présence des douaniers. Le propriétaire attendait la bête à un endroit bien précis. Le chien était déchargé puis nourri. Mais les douaniers veillaient et connaissaient contrebandiers et chiens ainsi que leurs routes et passages. Ils tiraient sur les chiens et les tuaient et capturaient, s’ils le pouvaient, le contrebandier. L’affaire se terminait immanquablement devant un tribunal.

Alors pourquoi la contrebande ?
Elle permettait à tous ces « hommes » des bois (il y avait aussi des femmes !) qui connaissaient bien les sentes et les caches de se faire un petit profit supplémentaire en revendant avec profit, et moins cher que les produits vendus en France, du café, du tabac, du pétrole … et peut-être un peu tester le goût du « fruit défendu » ! D’autant plus qu’une importante « maison des douanes » était installée à Vrigne-Aux-Bois et que des douaniers résidaient à Bosséval ! Ces messieurs savaient aussi dresser leurs chiens à débusquer les contrebandiers « à deux ou quatre pattes ».
Dans une série de courriels reçus en mai 2010, Bernard Collauti ajoute que « le niveau de vie très faible des familles ouvrières pour lesquelles l’achat en Belgique de tabac , pétrole et café représentait une économie notable et ce malgré les saisies des douaniers . Mon grand’père, né en 1875, est allé ainsi avec ses frères, tous les jeudis à partir de l’âge de 6 ans,  à la baraque Barbason. Le fait d’être nombreux (5) limitait l’impact de la saisie éventuelle, les douaniers ne pouvant capturer qu’un ou deux enfants. Une autre technique pour limiter « la casse » consistait à répartir le café entre plusieurs poches et à ne pas les vider complètement.  Mon grand’père me racontait cela avec émotion, 70 ans plus tard. »
Puis « Les baraques étaient également un lieu de promenade aux beaux jours, une occasion d’aller y manger l’omelette. On y venait même de Charleville. »

PATISSERIES
La galette au sucre et le gâteau mollet ont toujours été les gâteaux traditionnels de la fête dans les Ardennes du nord. Chaque village, chaque famille avait « sa » recette.
Ils étaient toutefois exceptionnels car il fallait beaucoup de beurre et de sucre pour les fabriquer. Dans les familles modestes, il était donc nécessaire d’économiser sur la ration quotidienne pour mieux profiter de ce jour ! Mais quel régal avec un bon café que l’on a grillé soi-même !

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